Championnat d'Europe Spartan Race Slovaquie

L'enfer Slovaque

Championnats d'Europe de Spartan Race 2015, dimanche 6 septembre.

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Un périple… oui un périple ! Départ vendredi matin pour rejoindre la capitale en train, manger puis dormir chez Bruno pour enfin prendre l'avion le samedi après-midi à Beauvais. Atterrissage à 17 heures et des bananes à Bratislava (Slovaquie), et il nous faut attendre 18 heures pour récupérer la voiture et prendre la direction des Carpates. Trois cents kilomètres et trois heures plus tard, on rejoint enfin la station de ski de Tatranskà Lomnica, lieu de la course.

La nuit est tombée rapidement au début de notre trajet routier, et la pluie n'a pas tardé à faire son apparition. Heureusement on ne galère pas trop longtemps pour trouver notre hôtel et sa sympathique gérante (qui parle français) et, par chance, le restaurant présent à côté sert jusqu'à 22 heures. On s'enfile un bon plat de pâtes et rapidement on retrouve notre chambre et les bras de Morphée.

 

La nuit se passe bien. Finalement la fatigue a eu raison de nous et la bruit de la pluie nous a bercés. Le réveil de six heures ne semble pas si affreux. Le petit déjeuner improvisé thé-pizza froide (commandée la veille au restaurant) est original mais passe pas mal. En même temps, à ce moment-là, on ne sait pas ce qui nous attend… et ces calories vont nous sauver quelques heures plus tard.

 

On récupère rapidement nos dossards et autres bandeaux et on revêt nos habits de gladiateurs, euh... de spartiates, pardon ! En fait c'est rapide, il nous faut juste une paire de chaussures, un short et une bonne dose de courage ! Pas besoin de prendre à manger, « en trois heures ce sera réglé » ! C'te blague ouais !

On retrouve un « frenchie » à l'échauffement et, dans la bonne humeur, Martin (Gaffuri), Bruno et moi commençons à nous mettre dans le rythme, ou devrais-je dire dans le délire : oui la montagne en face il va falloir la grimper, mais dès le début !

Ce que l'on ne sait pas à ce moment-là, c'est que la course va se résumer ainsi : une boucle d'une dizaine de kilomètres avec plus de mille mètres de dénivelé, puis une seconde boucle de plus de vingt kilomètres bien plus plate... On est loin d'imaginer ça et on n'a pas prévu le ravitaillement solide nécessaire… dommage quand on pense que certains français ont reconnu le parcours et n'ont pas jugé utile de partager toutes ces informations... Enfin ce n'est pas grave, on sait désormais à quoi s'attendre !

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Début de course 09h00 ! La meute de guerriers, au physique de traileurs taillés à la serpe ou sortis tout droit d'une salle de crossfit ou du film « 300 », s'élance au milieu d'un nuage dense de fumigène à l'odeur de lacrymogène. Je manque déjà de m'étaler sur les premiers mètres, ça promet !

À peine une minute après le départ, on traverse un étang, histoire de se mettre à température ! On commence maintenant l'ascension par une petite route. Je me sens bien, je suis dans le rythme à quelques mètres de l'équipe anglaise dont Mister Albon !

Le premier obstacle, le triptyque dessous-dessus-au milieu des murs en bois se passe sans problème. Le rythme est relativement tranquille. Devant un Slovaque est parti seul en tête... On retrouve maintenant le célèbre « monkey barre », montant pour le coup… hey ! c'est le championnat d'Europe, les gars !

Déjà les premiers burpees tombent ! J'en souris et plains le pauvre gars à mes côtés : « si tu fais déjà des burpees mon pote t'as pas fini » ! Ouais ben du coup les prochains c'est pour moi :la poutre de … bois ! Et ouais déjà le premier échec et les trente premiers burpees au côté du copain Martin !

Je perds quelques places, mais je relance pour combler le retard. Je navigue vers la trentième place malgré ce premier échec. J’enchaîne facilement avec un mur incliné et relance immédiatement pour retrouver l'épreuve du sandbag… enfin là pour les Europe, l'épreuve se transforme en double sandbag ! Qu'à cela ne tienne, je charge mes deux sacs de 25 kgs pièce à moitié sur les épaules à moitié tenus en main. Une petite montée et on redescend. Je me permets même de doubler en trottinant dans la descente. Je pose les sacs et là c'est la drame : une douleur venue d'un autre monde se déclenche dans l'aine. Dix secondes à peine et trois enjambées plus tard, plus du tout moyen d'avancer !

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Je me pause sur le côté, et m'étire. Quelques gars me doublent et me demandent si j'ai besoin d'aide. Malheureusement ce n'est pas d'aide de leur part dont j'ai besoin mais plutôt d'un miracle. Pubalgie, élongation, déchirure du psoas… je ne suis pas médecin et je n'en sais rien ! Le fait est que la douleur est insupportable. Je commence à faire demi-tour. Martin arrive et me demande ce que j'ai et comprend vite que je ne vais pas pouvoir faire la course aujourd'hui. Nouvelle pause, nouveau point : je ne peux pas baisser pavillon après à peine deux kilomètres. Je relève la tête et me lance dans une interminable ascension semblable à la célèbre 6000d et son tracé si particulier. Je marche et m'étire régulièrement, mais j'avance quand même. Je me fais doubler à chaque pause mais je serre les dents. Je ne cesse de me retourner et de profiter du paysage slovaque. Finalement après vingt longues minutes de souffrance constantes, les sensations s'améliorent. Je retrouve le sourire et termine l'ascension « hors piste » sous les télécabines, déterminé. J'enregistre mentalement mon « code » correspondant au deux derniers chiffres de mon numéro de dossard : 24PETER1909, ok ça c'est bon !

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Et c'est parti pour la descente, et ça j'adore, je vais récupérer des places et pourquoi pas me relancer dans la course... Ok, cette idée me reste bien en tête durant deux cents mètres jusqu'à l'apparition d'une nouvelle douleur improbable… dans le fessier ! P'tain je suis maudi ! Maintenant je ne peux même plus trottiner en descente, je pète un câble... Les larmes aux yeux, j'évolue au ralenti. Ça déboule de partout, à droite à gauche, j'ai l'impression d'être un marcheur au milieu d'une compétition de dix kilomètres !

Je n'ai aucun plaisir. Je sais de toutes façons que je vais abandonner et que je n'ai pas le choix, je dois redescendre. Alors j'avance tel un zombie, à la « walking dead », dans le viseur de dizaines de coureurs qui me dépassent sans cesse. Enfin quand je dis coureurs, je peux même ajouter « coureuses » car les premières féminines parties quinze minutes après nous me rattrapent maintenant.

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Enfin je retrouve les obstacles : une échelle de corde me permet de couper un peu dans cette interminable descente. Plus loin je m'attaque aux barres parallèles, et continue mon chemin de croix… ça devient vraiment compliqué ! J'entends l'animation et comprends que l'on est à proximité du village de départ. L'envie de mettre le clignotant devient de plus en plus forte.

Tout se bouscule dans ma tête à ce moment-là : je sais toute la frustration que l'on ressent lors d'un abandon et en même temps je suis conscient du risque que je prends si je continue, pour ma participation aux mondiaux... Sacré dilemme !

Alors que je suis sur un passage relativement plat, Hugo me rejoint. Je lui demande s'il a des informations sur la distance et la suite du parcours. Il m'annonce la surprise : il reste près de vingt kilomètres...

Je le suis, le cerveau éteint j'ai décidé de ne plus réfléchir. J'avance telle une machine programmée pour franchir la « finish line ». Devant moi se dresse la structure où pendent des cordes qui donnent l'impression de grimper jusqu'au ciel à l'image du célèbre haricot magique. Je saute dans l'eau et saisis la corde et me hisse jusqu'à la cloche. À côté de moi, j'entends les encouragements mêlés aux cris des nombreux échecs et chutes.

Pas le temps de dire « ouf » que l'on enchaîne avec les murs d'escalade. Trois murs sont reliés entre eux et forment un zigzag : sur chacun d'eux sont fixés de simples cales de bois qui servent de prises

d'escalade. Tellement peu serein, les mains humides, je lâche prise dès la fin du premier mur. Allez Burpees ! J'effectue mes exercices sur une jambe. Tel un canard boiteux, je poursuis mon aventure sur un terrain boueux. Je rejoins une partie plane sur bitume, et laisse le village départ sans même y jeter un regard. Je me surprends à trottiner. À une vitesse de six au mile environ, j'avance déterminé. Je passe sans problème le test de mémoire et rejoint la descente dans un torrent. Encore une histoire de fou. Je ne sais pas combien de temps il m'a fallu pour réussir ce passage mais ce fut très sportif. On enchaîne avec de long passages de course à pied. Je dépasse des athlètes au lourd gabarit. La course va devenir compliquée pour eux. Je maintiens ce petit rythme semblable à celui que je tenais, à l'époque, sur les ultra-trails. On doit maintenant lever un saut rempli de cailloux posé sur les avant-bras. À l'aide d'un bout de bois, il faut tourner ce dernier afin de relever le saut accroché à une petite cordelette. On continue avec un mur très haut à franchir, puis un nouveau exercice d'agilité. Je réussis les exercices les uns après les autres et remonte régulièrement dans le classement grâce à mon petit rythme en course à pied sur ces longs passages dans la campagne slovaque. Je croise un groupe de jeunes enfants, chichement vêtus, venus nous encourager. Ils sont émerveillés et ravis que je leur tape dans la main. Mentalement je suis mieux et je reprends conscience de la chance que j'ai d'être là. C'est du sport et c'est également une fête. Je suis un privilégié et je n'ai pas le droit de me plaindre.

Nouveau mur et nouvel obstacle, on s'éloigne toujours du point d'origine. C'est maintenant sûr que l'on va courir plus de trente kilomètres. Les passages dans l'eau et la boue se succèdent et je retrouve Hugo. On se paye même le luxe de s'égarer avec un coureur italien sur un demi-kilomètre. On retrouve le circuit puis l'on grimpe sur une pyramide de bottes de paille, et on traverse une cage grâce à des prises en forme de triangle. Trop pressé, je loupe l'une des dernières prises, et je prends la direction de la zone de burpees que je connais bien à présent. Transport de seaux de sable (deux pour les EC, European Championship), puis traversée de zone marécageuse ou lieu de décomposition de je ne sais quelle matière organique. L'odeur est infecte. Le passage suivant dans l'eau des carrières permet un rapide nettoyage. Passage en apnée puis franchissement d'un plan incliné à l'aide d'une corde, tout y passe.

Grâce aux montagnes à l'horizon, je comprends que l'on prend la direction du retour. Il doit nous rester à présent près de huit kilomètres. Autour de moi, de nombreux athlètes marchent. Épuisés et même vidés, beaucoup sont comme moi à être partis sans ravitaillement solide. Les nombreux points d'eau sur la course nous ont permis de nous hydrater mais pas de manger.

J'avance toujours sans marcher, tel un robot. Les petits exercices s’enchaînent : déplacement de pneus, passage sous des ponts en marche de l'ours, tirage de brique à l'aide d'une chaîne. Les organisateurs ont utilisé chaque difficulté naturelle du terrain et ajouté de véritables ateliers casse-pattes. Nouveau « memory test », et on évolue sur un chemin interminable en bord de voie ferrée, mais ce n'est rien comparé à ce qui nous attend. La pluie vient de faire son apparition et comme si ça n'était pas suffisant, c'est maintenant la grêle qui s'en mêle ! J'avance les yeux entrouverts et tente de me couvrir le visage avec mes mains… on aura tout eu !

Pour durcir le final, nous empruntons un ruisseau pour rejoindre le village de l'arrivée. Les appuis sont fuyants, je trébuche régulièrement. J'ai l'impression de rester une éternité dans cette petite rivière. On progresse plus de vingt minutes dans cette environnement humide, je ne sens plus mes pieds.

Les spectateurs se font de plus en plus présents et le son de la sono du village se rapproche, ça sent le final. Ben nous y voilà : le ramper ! Une vingtaine de mètres, en montée sous un barbelé très bas. Je traîne mes jambes à la manière d'un pirate unijambiste qui charrie sa prothèse en bois.

Virage et direction le javelot… et la zone de burpees, évidemment ! Si le javelot était à une distance incroyable et donc bien difficile, que dire de l'obstacle suivant ! Certes, c'est l'ultime exercice mais la levée du sable à l'aide d'une corde détrempée paraît irréelle. La zone de pénalité est pleine. Je fais mes trente derniers burpees et je rejoins la finish line !

 

Soulagé d'en finir mais frustré de ne pas avoir pu défendre mes chances, transi de froid et finalement peu éreinté, heureux et triste à la fois… une multitude de sentiments se mélangent. Je reste là, dans la zone d'arrivée, prostré, et tente de profiter de l'instant. Jamais je n'ai eu autant de fierté à porter le t-shirt finisher mais rarement je n'ai eu conscience d'avoir loupé une occasion de briller. Le parcours me convenait parfaitement.

Je cherche du regard un visage connu, un sourire, quelque chose. Je prends tout. Je profite de cet instant court et intense. Je stocke dans ma petite mémoire, les « bravo » des bénévoles, les sourires des gens, le regard curieux des touristes. Puis je rejoins les douches spartiates, histoire d’ôter le maximum de traces de mon aventure. Ensuite je redescends l'hôtel et m’effondre sous la douche. Ce n'est que du sport mais j'ai vécu un enfer. Physiquement l'expérience est certainement traumatisante mais je suis surtout mentalement épuisé. J'ai des doutes pour les mondiaux.

Plus tard Bruno me rejoint à l'hôtel, lui aussi est bien entamé. On se remonte le moral comme on peut. Je passe un coup de fil à ma petite femme, Stéphanie, qui, adorable, trouve les mots comme d'habitude. Les commentaires de Facebook me réconfortent également. La suite, c'est deux jours de récupération et de visite de la Slovaquie avec mon ami Bruno. Rapidement on retrouve le sourire, on sait que l'on a de la chance de vivre ces moments.

Bravo à l'organisation pour ce somptueux parcours, et à tous les participants pour le courage !

La Slovaquie est un très beau petit pays qui mérite d'être connu. S'y rendre n'est pas chose aisée mais c'est bien de mettre en avant un Etat qui vit « spartan race ». Il suffit de se balader dans Bratislava pour comprendre. Dans les magasins de sport on trouve des vêtements « spartan ». Le championnat d'Europe était même annoncé sur des affiches géantes !

Un beau souvenir, une expérience enrichissante, le bilan est donc positif ! Reste juste à me soigner pour repartir encore plus fort !

 

 

 

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